NEWS FINANCIÈRES
Nous agrégeons les sources d’informations financières spécifiques Régionales et Internationales.
Info Générale, Economique, Marchés Forex-Comodities- Actions-Obligataires-Taux, Vieille règlementaire etc.

Pourquoi l’ Afrique ne va pas si mal

Ouest France | 13/09/2020 | Information générale


L’Atlas de l’Agence française de développement offre une vision inédite de ce continent. Une invitation à changer de regard, explique Rémy Rioux, directeur général de l’institution publique.

Entretien

La population de l’Afrique devrait doubler deux fois au cours du XXIe siècle. La démographie africaine est-elle une bombe à retardement ?

Voyons les choses sous un autre angle. Ce continent, qui a été tragiquement vidé de ses forces à l’époque de la traite esclavagiste, est un territoire aussi vaste que l’Union européenne, les États-Unis, l’Inde, la Chine et le Japon réunis. Avec 1,3 milliard d’habitants vivant sur 30 millions de km2, sa densité est plus faible que celle des autres régions du monde. Qui sait aujourd’hui que l’Afrique, c’est l’Inde, avec exactement la même population et la même richesse ? Et avec un potentiel bien plus élevé : un jeune sur deux de moins de 25 ans sera africain en 2070. Or, la croissance démographique génère la croissance économique.

C’est déjà le cas ?

Oui. Le revenu par habitant y augmente sans discontinuer depuis vingt-cinq ans. Comparés à leur PIB (produit intérieur brut), les pays africains consacrent beaucoup plus d’argent à l’éducation que nous. Il reste maintenant, dans bien des pays, à relever le grand défi de la qualité de l’enseignement. Parallèlement, on observe un recul rapide de la mortalité infantile. Et l’actualité nous montre, avec le Covid-19, que, contrairement à ce qui a été écrit, les pays africains ont bien réagi, alors que leurs systèmes de santé étaient supposés être plus fragiles que les nôtres.

Mais certains, en Europe, brandissent la menace de vagues migratoires venues d’Afrique…

Encore une représentation à revoir : les migrations se font en majorité à l’intérieur du continent africain et non de l’Afrique vers l’Europe. Et les migrants vont le plus souvent vers le sud. Savez-vous qu’à Johannesburg (Afrique du Sud) ou à Harare (Zimbabwe), beaucoup de chauffeurs de taxi parlent français. Ils viennent de Guinée ou de Côte d’Ivoire et ils savent que la région la plus riche du continent, c’est l’Afrique australe.

Finalement, l’Afrique ne va pas si mal ?

Elle a fait de très grands progrès depuis trente ans. Elle nous intéresse. Elle peut nous inspirer. Elle est, par exemple, en avance pour les énergies renouvelables ou dans certains usages du numérique. L’Agence française de développement participe, avec d’autres acteurs français et africains, à l’initiative Digital Africa qui finance des incubateurs, des start-up, des innovations. On dénombre en Afrique plus de personnes ayant un compte bancaire mobile que dans le monde entier. Cet atlas présente toute la diversité du continent et met l’accent sur l’Afrique qui s’invente.

C’est notre regard sur le développement qu’il faudrait changer ?

Avec le climat, la transition numérique, les fractures économiques et sociales et maintenant la crise du Covid-19, tous les pays du monde, sans exception, sont confrontés à des défis inédits, cherchent des solutions et doivent coopérer. Notre pays dispose d’une capacité méconnue, discrète, positive : sa politique de développement et une agence, l’AFD, qui finance, partout dans le monde, plus de mille projets concrets, utiles et innovants chaque année. Elle le fait avec tous les acteurs de la société civile, dans nos territoires – et ils sont très nombreux dans l’ouest de la France. Il faut plus d’échanges internationaux sur les différentes expériences du développement durable. Plus d’ambition et plus d’innovation. Nous sommes tous en développement.

Un halo de corruption continue à envelopper de nombreux régimes africains. Comment y échapper ?

Nous sommes extrêmement vigilants sur ce point. Nous appliquons exactement les mêmes procédures que toutes les autres banques s’agissant du blanchiment, du financement du terrorisme ou de la corruption, sous le contrôle de la Banque de France et parce que nos valeurs l’exigent. Dès qu’il y a un soupçon, nous intervenons.

Cela vous est-il déjà arrivé ?

Très rarement. Et à chaque fois, il y a eu un remboursement des fonds. Détourner l’argent du développement, c’est freiner son pays et pénaliser sa population.

Et quand ce sont des États ?

Nous veillons à trouver le bon canal pour atteindre les populations. C’est aussi une des spécificités de l’AFD : la moitié seulement de ce que nous faisons passe par les gouvernements. Nous travaillons avec les collectivités territoriales, les ONG (organisations non-gouvernementales) et les entreprises. Et en 2019, nous avons permis la scolarisation de 2,4 millions d’enfants, dont la moitié de jeunes filles, amélioré l’accès aux soins pour 18 millions de personnes, raccordé près de 8 millions de foyers à un réseau électrique.

Le coup d’État au Mali vous a-t-il surpris ?

Depuis quelques mois, la situation politique et de sécurité était très tendue. Et les ferments de ce qui s’est passé en 2012 sont hélas toujours là (1).

Le continent africain, peu émetteur de gaz à effet de serre, va pourtant souffrir durement du changement climatique. Vos programmes relèvent-ils ce défi ?

100 % des programmes que nous finançons contribuent à la réalisation de l’accord de Paris sur le climat. Le continent est très durement frappé par le changement climatique et la perte de biodiversité, alors même qu’il n’est à l’origine, pour l’heure, que de 3,5 % des émissions mondiales de CO2. Nos interventions permettent, chaque année, de protéger ou de restaurer 10 millions d’hectares d’espaces naturels. Ce sont aussi 3 millions de personnes supplémentaires chaque année qui ont accès à l’eau potable.

Il y a urgence ?

Oui. Le changement climatique modifie le trait de côte et provoque une élévation du niveau de la mer. Trois villes africaines (Alexandrie en Égypte, Lagos au Nigeria et Abidjan en Côte d’Ivoire) font partie des vingt agglomérations les plus menacées au monde par la montée des eaux. 10 millions de citadins africains sont sous la menace d’une submersion de leur habitation.

 

(1) Le renversement du président Amadou Toumani Touré après des manifestations contre le népotisme et l’insécurité qui règne dans le nord du pays confronté à la révolte des Touaregs et aux rebelles islamistes.