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L'essor de l'euro face au dollar complique l'équation de la reprise

Le Figaro | 21/09/2020 | Economie/Forex


Une devise forte réduit la compétitivité de l'économie mais améliore le pouvoir d'achat.

DEVISES Il y a tout juste six mois, le 20 mars, l'euro atteignait son plus bas niveau depuis trois ans, à 1,0657 dollar. Une grande partie de l'Europe s'enfermait dans un confinement à la durée incertaine. Les masques manquaient. Les Européens fermaient leurs frontières dans la cacophonie, donnant l'impression d'un « chacun pour soi ». L'écart entre taux d'intérêt (« spreads ») souverains se creusait, avec le spectre d'une nouvelle crise de la dette. Un vent de panique traversait les marchés financiers, poussant les banques centrales à faire chauffer leurs planches à billets comme jamais.

Six mois plus tard, l'euro a gagné plus de 10 % pour flirter, fin août, avec la barre de 1,20 dollar, son plus haut niveau depuis deux ans, avant de fléchir légèrement depuis au-dessus de 1,18. Au point que la hausse commence à faire planer une ombre sur la reprise. La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, normalement pas censée commenter les changes, a assuré en « surveiller attentivement » l'évolution. Un euro fort, c'est à la fois une perte de compétitivité pour l'Europe et un facteur déflationniste de plus dans une conjoncture fébrile. L'inflation est entrée en territoire négatif (- 0,2 %) en août dans la zone euro. Or le mouvement pourrait n'en être qu'à ses débuts.

Ce sursaut de la devise européenne reflète d'abord l'affaiblissement du dollar. Valeur refuge en période troublée, la devise américaine avait été dopée par les guerres commerciales agitées par Donald Trump. Mais le revirement soudain de la Reserve fédérale américaine qui a brutalement baissé ses taux à zéro au printemps et injecté des milliards dans l'économie, l'envolée de la dette du Trésor et le sentiment d'une progression incontrôlée de la pandémie ont entraîné une défiance des investisseurs pour le billet vert.

Dans le même temps, les Européens se sont ressaisis. L'action musclée de la BCE a réduit le risque de fragmentation au sein de la zone euro. L'annonce d'un plan de relance commun par Emmanuel Macron et Angela Merkel le 18 mai a agi comme un détonateur pour faire bondir l'euro, à nouveau stimulé après l'accord historique 27 à Bruxelles le 21 juillet.

« Solidité de la zone euro »

« C'est loin d'être anecdotique, commente Louis Boisset, économiste chez BNP Paribas. Pendant des années, on a reproché à l'architecture de la zone euro qu'il lui manquait le bras budgétaire. Le plan de relance avec un endettement mutualisé a donné un signal fort sur la solidité de la zone euro. » «  Il y a un véritable changement de perception sur l'Union européenne chez les investisseurs asiatiques , confirme Patrick Artus, chef économiste de Natixis. On est au début d'une période où le poids de l'euro dans les réserves internationales va s'accroître par rapport au dollar. Les financiers traditionnels des États-Unis, la Chine, le Japon ou la Russie, sont devenus vendeurs de dette en dollar. »

Ce mouvement semble loin d'être terminé. « Il y a encore du potentiel d'appréciation pour l'euro, mais probablement à un rythme plus lent », estime Vasileios Gkionakis, chef de la stratégie changes chez Lombard Odier. Comme la plupart de ses collègues, il voit l'euro s'apprécier entre 1,20 et 1,25 dollar en 2021, 1,27 dollar à la fin 2021 pour BNP Paribas. La valeur « d'équilibre » reflétant une parité des pouvoirs d'achat respectifs se situerait, elle, autour de 1,30. À condition que la reprise se poursuive et qu'une nouvelle vague de la pandémie ne submerge pas l'Europe. Par ailleurs, les perspectives pour les élections américaines, et en particulier une victoire de Joe Biden, n'apparaissent guère favorables à un regain du dollar.

La Banque centrale européenne veille au grain, soucieuse d'enrayer une spirale déflationniste, sans avoir beaucoup de marges de manoeuvre pour influer sur le change. « On est dans un environnement de guerre des changes depuis 2016. Le Trésor américain et la Fed sont les mieux armés pour faire baisser le dollar. La BCE peut répliquer mais n'a pas le poids suffisant pour inverser la tendance », estime Jonathan Baltora, d'Axa IM.

Prime aux importations

C'est le paradoxe de l'affaiblissement économique lié à une devise forte. Mécaniquement, une hausse de 10 % de l'euro fait chuter les exportations européennes de 6 %. De mauvais augure, au moment où l'on invoque des relocalisations d'industries. Les pays les plus industriels, comme l'Allemagne ou l'Italie, sont touchés en premier lieu. En France, les secteurs comme le luxe, les spiritueux ou l'aéronautique sont traditionnellement les plus concernés (lire ci-dessous) . Mais cet effet est réduit par le marasme actuel auquel font face l'aéronautique ou l'auto- mobile.

À l'inverse, la hausse de l'euro réduit le prix des quelque 30 % du PIB français importés. Pour Patrick Artus, cela revient in fine à « une taxe sur l'industrie reversée en pouvoir d'achat aux consommateurs ». C'est donc « bon pour l'économie ». « Dans le scénario de reprise, la tenue de la demande intérieure importe plus que l'effet du change sur les importations, minime sur l'attractivité industrielle », abonde Bruno Cavalier, économiste chez Oddo.