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Pourquoi le « super cycle » des matières premières n'aura pas lieu

21/01/2021
Source : https://viewer.factiva.com/
Catégories: Matières Premières

Après une année volatile, les cours des matières premières vont fortement grimper en 2021.

Philippe Chalmin, fondateur de CyclOpe et professeur d'économie à Dauphine ne croit pas à un nouveau « supercycle ».

A bien des égards 2020 aura été une année « à nulle autre pareille » et pourtant sur les marchés de matières premières, « l'impact du Covid a été relativement limité et, dans la plupart des cas, assez vite oublié », note Philippe Chalmin, professeur à Dauphine et codirecteur de CyclOpe, à l'occasion de la présentation de ses prévisions pour 2021. Le redémarrage rapide de l'économie chinoise, qui engloutit la moitié des matières premières dans le monde, a été le principal soutien des cours mondiaux

La tonne de cuivre a plongé à 4.600 dollars avant de remonter autour des 8.000 dollars et, sur l'année, sa moyenne a progressé de 3 %. Le minerai de fer s'est installé au-dessus de la barre des 100 dollars pour terminer l'année à plus de 160 dollars avec un prix moyen en hausse de 26 %. Les produits agricoles, épargnés par les incidents climatiques, ont relativement bien résisté tout au long de la crise et cotent aujourd'hui à des niveaux jamais vus depuis plusieurs années.

Une crise énergétique

Il n'y a guère que les cours de l'énergie et notamment ceux du pétrole qui ont chuté beaucoup plus que prévu : - 30 % pour le WTI, - 33 % pour le brent. L'universitaire souligne le caractère totalement inattendu de la brouille entre le prince héritier d'Arabie saoudite et la Russie, ainsi que l'effondrement de la demande de carburant suite aux mesures de confinement.

Au total, et c'est tout le paradoxe de cette crise, les prix des matières premières, dont l'évolution est mesurée par l'indice CyclOpe, ont reculé de 19 % en 2020, mais hors énergie et métaux précieux, ils ressortent parfaitement stables.

2021, qui commence en fanfare, s'annonce plus porteuse. Le CyclOpe anticipe une hausse de son indice de 19 % et de 11 % hors pétrole et métaux précieux. Mais les conditions sont nombreuses : la situation sanitaire doit s'améliorer progressivement, les événements climatiques doivent se limiter à ce que nous savons aujourd'hui du phénomène La Niña, et l'équilibre géopolitique mondial ne doit pas connaître de bouleversement. « Cela fait beaucoup de 'si' ! », reconnaît Philippe Chalmin.

Ces prévisions de hausse correspondent davantage à un rattrapage - notamment après l'importante chute du pétrole en 2020 - qu'à une réelle flambée des cours. « Ces variations restent modérées par rapport aux niveaux atteints au début de 2021 et en réalité, nous anticipons un réajustement des marchés à la baisse. »

Les experts de Goldman Sachs pensent au contraire que le rebond des matières premières va se poursuivre car, selon eux, le monde entre dans un nouveau « supercycle », comparable à celui de la fin des années 2000. Les experts de la banque invoquent le verdissement des économies et les plans de relance plus redistributifs pour répondre à la crise sociale ou encore le risque d'inflation.

Ce scénario ne convainc pas Philippe Chalmin. « Depuis la fin du XIXe, les matières premières vivent au rythme de cycles longs d'une durée comprise entre 25 et 30 ans », rappelle l'économiste et historien. Une forte tension déclenche des investissements qui sont suivis de deux décennies de lent déclin. « Nous commençons à peine à digérer les investissements qui ont suivi le choc des années 2007-2012 », insiste l'universitaire soulignant au passage que la plupart des marchés demeurent dans une situation excédentaire.

De manière plus structurelle, la pandémie a donné un coup de fouet à la transition écologique. « Le virage vert se confirme. La prise de conscience climatique jouera de plus en plus y compris dans la stratégie des entreprises. » Les géants des matières premières ont d'ailleurs multiplié les engagements en faveur de la neutralité carbone.